Journal: Aurore Jacob in Milan for “Au bout du couloir à droite”

The French author Aurore Jacob met Italian students in Milan to talk about her text Au bout du couloir à droite.

Here we publish the journal of the author about her experience.

Que ressent un auteur lorsqu’il rencontre des lecteurs qui sont entrés au cœur de son texte, qui en ont éprouvé la langue de l’intérieur ? Une émotion immense où se mêlent la joie de la rencontre et l’excitation de la découverte. C’est ce que j’ai ressenti en mai dernier lors d’une rencontre organisée, grâce à Fabulamundi, à Milan autour de ma pièce Au bout du couloir à droite.

L’échange a été riche et m’a permis de découvrir une nouvelle dimension à ce texte, comme c’est souvent le cas lorsque l’on assiste à une représentation d’une de ses pièces grâce aux croisements des regards du metteur en scène et des comédiens. Pourtant cette fois-ci, il ne s’agissait pas d’échanger avec des acteurs qui auraient mâché mon texte pour me livrer une nouvelle lecture d’Au bout du couloir à droite. Ceux qui avaient pénétrés ma pièce étaient des lycéens italiens qui avaient pris le temps de s’immerger, en français, dans un monologue dépourvu de toute ponctuation, pour aiguiller leur lecture. Le défi était de taille car l’écriture joue sur plusieurs niveaux de lecture et le sens du texte slalome et se déforme au fur et à mesure que l’on avance dans cette phrase sans fin.

Passée la fierté d’apprendre que mon texte avait été sélectionné par ces jeunes gens – fierté d’autant plus grande qu’à cet âge on ne ment pas sur ses goûts et que l’intelligence analytique est intimement liée à une sensibilité instinctive où affleurent les sentiments – j’ai été surprise et impressionnée d’apprendre qu’ils avaient intégralement traduit ma pièce. Comment étaient-ils entrés dans la pièce ? Comment rendre compte de cette démultiplication de la pensée et des chausse-trappes du texte dans leur traduction et comment j’y avais travaillé pendant mon travail d’écriture ? De quelle façon on peut mettre ce texte en scène et comment je le monterai ? Les questions se croisent de leur côté et du mien, en français, en italien et parfois en anglais. La rencontre est trop brève. Mais, même si elle avait duré une heure de plus, le temps aurait filé tout aussi vite.

J’aurais aimé les entendre lire un extrait de ma pièce en italien mais le nombre de leurs questions, toujours pertinentes, tant sur la dramaturgie, sur les possibilités de traduction ou sur la culpabilité du personnage d’Au bout du couloir à droite, ont fait exploser le temps imparti. Je remercie Fabulamundi pour m’avoir permis de découvrir que cette pièce a priori difficile d’accès, par la noirceur du sujet qui traite de la société de surveillance, la torture et la folie, dépasse les frontières de la langue et des cultures pour toucher les citoyens et spectateurs de demain.

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