GWATKINS - picture © Guillaume Durieux - Copia

Le Perdita Ensemble est un ensemble d’acteurs, scénographes, administrateurs, techniciens, musiciens, créateurs divers, réunit autour de l’écriture de Gérard Watkins, directeur artistique depuis 1994.
Destiné à ceux qui ressentent que le monde les prend de vitesse, les exclut, les perd, le Perdita Ensemble s’est donné pour but de toucher le spectateur qu’il ressente plus que jamais la nécessité et le besoin de la représentation.
Il s’agit, en écrivant du théâtre, de sonder l’imaginaire que produisent les évènements, les faits-divers, les drames, les lois, les découvertes, tout ce qui constitue la relation entre les êtres.
Faire de la grande histoire et de la petite histoire une fable, et, de la fable, tendre un fil entre l’acteur, le personnage, et le spectateur.

Gerard Watkins est né à Londres en 1965. Il grandit en Norvège, aux USA et s’installe en France en 1974. Il écrit sa première chanson en 1980, et sa première pièce de théâtre un an plus tard. Il entre en classe libre au cours Florent puis au CNSAD. Depuis il alterne entre acteur, auteur, metteur en scène, et musicien.  Il travaille au théâtre avec Véronique Bellegarde, Julie Beres, Jean-Claude Buchard, Elizabeth Chailloux, Michel Didym, André Engel, Frederic Fisbach, Marc François, Daniel Jeanneteau, Philipe Lanton, Jean-Louis Martinelli, Lars Noren, Claude Régy, Yann Ritsema, Bernard Sobel,  Viviane Theophilides, et Jean-Pierre Vincent et Guillaume Vincent, et au cinéma avec Julie Lopez Curval, Jérome Salle, Yann Samuel, Julian Schnabel, Hugo Santiago, et Peter Watkins. Depuis 1994, il dirige sa compagnie, le Perdita Ensemble, pour laquelle il met en scène tous ses textes, La Capitale Secrète, Suivez-Moi, Dans la Forêt Lointaine, Icône, La Tour, Identité, Lost (Replay), Je ne me Souviens Plus Très Bien, navigant de théâtres en lieux insolites, du Théâtre de Gennevilliers à l’Echangeur, du Théâtre Gérard Philipe de St-Denis, au Colombier, de la Ferme du Buisson, à la piscine municipale de St-Ouen, de la comète 347 au Théâtre de la Bastille. Il est lauréat de la fondation Beaumarchais, et de la Villa Medicis Hors-les-Murs, pour un projet sur l’Europe, qu’il portera à la scène avec les élèves de l’ERAC Europia / fable géo-poétique pour Marseille Provence 2013, repris à Avignon In au Cloitre Saint Louis et à Reims Scènes d’Europe. Il vient juste de présenter sa dernière création : “Scenes de Violences Conjugales”.

Il est lauréat du Grand Prix de Littérature Dramatique 2010, a été nominé aux Molières pour meilleur auteur francophone vivant 2017, et vient de recevoir le prix du syndicat de la critique meilleur comédien 16/17

IDENTITE
Marion Klein et André Klein forment un couple de jeunes européens. Ils ont fait des études, ne travaillent plus, et vivent dans une certaine précarité. Marion Klein a perdu son appétit, et n’arrive plus à manger. André Klein lit sur l’étiquette d’une bouteille de vin qu’ils peuvent gagner de l’argent en répondant à une question. Cette question va les mener malgré eux dans une quête identitaire qui va bouleverser leur existence et leur relation amoureuse.

Scènes de violences conjugales
Liam fuit une adolescence tourmentée en province pour s’installer en région parisienne et y rencontre Rachida qui cherche à échapper au carcan rigide de son milieu familial. Annie cherche du travail, dans l’espoir de se reconstituer et de retrouver ses filles, gardées par ses parents. Elle rencontre Pascal, un photographe d’un milieu aisé qui court d’échec en échec. Les deux couples vont s’installer dans un meublé. Petit à petit, la violence conjugale va s’installer entre eux, jusqu’au paroxysme. Les femmes décident d’y mettre fin, et tentent, non sans difficulté, d’échapper à la violence quotidienne qu’elles subissent.

STAVROS FOIS HUIT
Gérard et les élèves de l’Erac ont imaginé un processus collectif d’interrogations sur l’Europe. En partant de ses auteurs, poètes, musiciens, politiciens, de sa mythologie populaire, de ses traumatismes historiques, et identités divergentes. Les jeunes comédiens sont ensuite partis dans sept villes européennes de leur choix, en majorité des ports : ils ont pu interroger l’actualité, axant leur recherche et expériences sur les utopies naissantes. Ils ont ensuite rapporté de leur séjour un carnet de voyage théâtralisé incluant des matériaux divers : interviews, écrits, ambiances sonores.
Ces carnets ont servi de base d’inspiration à Gérard qu’ils ont retrouvé régulièrement, afin de nourrir son travail d’écriture et de mise en scène depuis ses prémices jusqu’à son aboutissement.

– Extraits de STAVROS FOIS HUIT

Applaudissement. Long vide et silence.

Stavros Fois Huit – Pardon. Je ne me suis pas réveillé. Je dors toujours avant de monter sur scène. Je mets mon réveil pour qu’il sonne cinq minutes avant. En principe, ça me suffit, mais là, non. En principe, j’ai un back up, c’est le régisseur, mais là il dort aussi, tout le monde dort dans ce théâtre. Mais c’est pas lui, c’est pas de se faute, ne le renvoyez pas s’il vous plait. C’est mon réveil qui a merdé. Mon réveil merde. Il n’y a pas que mon réveil qui merde, mais mon réveil merde. J’aurais pris le réveil, tu sais, a cinq euros de plus, il aurait marché, mais j’ai pris le réveil a quarante euros de moins. J’ai pris un réveil en dessous du niveau de l’euro. J’ai pris un réveil qui leur a coûté de l’argent mais qui ne m’en a pas rapporté non plus, à part le fait que j’ai bien dormi. T’as bien dormi toi ? Pendant le sketch d’Angela. Je sens que tu as bien dormi. Je vois que tu regardes mes chaussures. T’as rien d’autres à faire ? Que de regarder mes chaussures en dessous du niveau de l’euro. C’est des chaussures à remonter dans le temps. Regarde moi bien. Moonwalk vers le Drachme.

Je voudrais passer directement à la fin du spectacle, maintenant, si ça ne vous dérange pas trop, c’est à toi que je donne l’argent, ou c’est à ta sœur ? Je voudrais être handicapé, toucher ma prime, et passer dirctement à la fin du spectacle, c’est à qui que je donne mon cachet ? J’ai les moyens de mes ambitions. Je voudrais être un rentier d’en bas. Je voudrais que le premier soit le dernier mais dans le sens de la sortie pas dans le sens de qui entre parce que je vous vois tous penser a ce qui entre mais qui est-ce qui sort ? Ou qu’est-ce qui sort ? Et quand est-ce que ça sort enfin, parce qu’il faut bien que ça sorte. Et que ça parte. Je te vois dire America America, mais je trouverais tes chaussures sur le pont et c’est toi qui sauteras à l’eau.

Il n’y a plus de PQ dans ce théâtre depuis 1998. Je crois que c’est la dernière fois qu’on a vu du PQ ici on l’a vu entrer ici à cheval. Il était beau. Il brillait sous le soleil. Les gens l’acclamaient à son passage. C’était l’époque ou il y avait encore du PQ. Du PQ à cheval. Et on le déroulait le long des couloirs comme le tapis rouge au festival de cannes quand Theos Angelopoulos était encore en vie. Quand il avait pas a traverser des autoroutes pour répondre au téléphone. Oui. OUI. Le PQ roulait le long des couloirs et on dansait et on jetait du riz et on embrassait les filles. C’était comme la libération. C’était avant que le rouleau de PQ coûte 2 euros 90, c’est-à-dire deux pour cent du budget mensuel ou sept pour cent du PIB. Et qu’on se torche tous avec la main gauche.

J’ai la main gauche qui pue la merde depuis quelques années, et j’aimerais tant célébrer le retour du PQ dans ce théâtre. Tu veux sentir la différence. Avant. Après. Maintenant. Plus tard. Tant mieux. Tant pis. Par contre. Et en échange. Et tant bien que mal. Je te vois en double tu sais, parce que tu es double. Tu es Marc et tu es Paul. Oui. Il vaut mieux parce que tout seul tu prends trop de place. Et tu coûtes trop cher. Tu coûtes trop cher à nous, et tu coûtes trop cher à toi-même. Et surtout tu coûtes trop cher à ta tante. Alors on a mis une autre âme là-dedans qui va te payer un loyer et partager les frais. Ça va coûter moins cher à la fac comme ça. Vous n’aurez plus besoin de chauffer les bancs de la fac avec vos deux gros-culs parce qu’un seul gros-cul va suffire, désormais, et la chance sur dix que vous trouviez du boulot après, vous allez faire un petit effort et la partager, merci.

Tu as vu là le type avec le téléphone portable en forme de téléphone portable ?

Il me suit depuis ce main.

Parce que j’ai vu quelque chose que je n’aurai pas dû voir. Et depuis ils sont tous dans une salle quelque part au capitole avec Hillary Clinton qui a les mains sur sa bouche et Barak Obama qui a le doigt sur sa tempe à me regarder en bouffant du pop-corn. E ce type-là, il leur sert de relais. Vous êtes d’accord ?

Moi j’aimerais que vous soyez d’accord avec moi sinon ça sert à rien que je parle. Vous êtes d’accord?
Le public – Oui.
Stavros Fois Huit – J’entends pas. Vous êtes d’accord.
Le public – Oui.
Stavros Fois Huit – Qu’est-ce que ça peut être tarte, le théâtre participatif. Donc. Vous savez ce que j’ai vu que je n’aurais pas dû voir ?
Le public – Non.

Stavros Fois Huit – L’avenir. J’ai vu l’avenir ce matin en me réveillant et j’espère que vous avez l’estomac bien accroché. Je ne vous dis surtout pas ça pour vous couper l’appétit qui a bien dû vous sourire depuis que le secours populaire est arrivée sur le Pirée avec son premier containeur. Mais j’ai vu et j’ai lu l’avenir dans un excrément. Ce n’était pas le mien. C’était à quelqu’un d’autres. Quelqu’un qui avait oublié de tirer la chasse. C’était un bel étron. Une pièce unique. Trente centimètres de long et huit ou neuf de diamètre. Et il y avait un halo de lumière autour de la cuvette, et un deuxième halo de lumière dans la cuvette, et il y avait quelque chose de permanent et d’immortel dans cette installation comme si on allait déterrer cette merde dans trois mille ans et que ça allait avoir la même valeur que l’acropole. Et J’ai vu. Et j’ai lu. Oui. J’ai lu pendant des heures, enfin pendant des minutes qui ressemblaient à des heures, qui ressemblaient à des semaines. (Je vous dis ça pour pas que vous pensiez que je suis en train de perdre le sens des réalités, je suis la réalité. Enfin je suis les réalités divisées par ce qu’elles sont ce qui est peu dire.) Donc J’ai lu et j’ai trouvé ça excrèmement intéressant. J’ai lu, et j’ai vu, et vous tous vu la planète des singes, le premier, quand Charlton Heston, qui est quand même l’acteur américain le plus important de sa génération, quand Charlton arrive sur la plage et il voit la Statue de la Liberté et là il fait oh non. Ou oh mon dieu, ou quelque chose comme ça. Parce qu’il comprend que c’est son monde, et qu’il a juste voyagé dans le temps. Et que tous ceux qu’il connaît sont morts, bref. Eh bien notre avenir est pareil sauf qu’il y a beaucoup plus de choses sur la plage. Des objets un peu moins important que la statue de la liberté mais tout aussi symboliques. Comme des télévisions et des vibromasseurs. Mais surtout, surtout, il y a des chevaux éventrés et ça c’est pas cool parce que je sais qu’il y en a parmi vous qui kiffent les chevaux, ou d’autres qui ont vu Crin Blanc, ou d’autres qui ont vu Broke Back Mountain quatorze fois mais peut etre pas pour les mêmes raisons. Mais bon, il faut vraiment voir cette image de chevaux éventrés en tête et on ne les a pas éventrés parce qu’on avait faim et qu’il y avait plus rien d’autres à bouffer, non. On les a éventrées et disposés là pour impressionner. Pour que ceux qui aient envie de partir restent et que ceux qui est envie d’arrivér repartent. Un peu comme Vlad Tepal quand il a empalé quatre mille personne d’un coup, et que les Turcs sont arrivés, et qu’ils les ont vu et qu’ils ont fait demi-tour. Ah oui il y avait des feux aussi sur la plage, je dis ça pour la délégation belge qui dit que ce n’est pas écolo de tout brûler tous les soirs. Je dis ça parce que c’est vrai, que le feu est écrit dans l’avenir.

J’ai vu quelque chose que je n’aurai pas dû voir.

Je connais personnellement le père noël, et ce n’est pas quelqu’un de difficile à contacter. Il reste proche des êtres et il est ému quand il peut donner de a joie et c’est ça qu’on voit dans ses joues et dans son nez rouge. Ce n’est pas du pinard, c’est de l’émotion. Il vit en France. Il vit à Marseille, et il vend des sandwichs grecs près de la gare St-Charles. Et un jour, il reviendra au pays avec les bottes de sept lieues. Et il me reconnaîtra parce que je suis son fils et que c’est mon père et qu’il y a lui et qu’il y en a d’autres mais c’est lui qui a encore des souvenirs. Sinon, tous des pères sans mémoires. Un armée de père sans mémoire. Partout dans la rue, mais ils ne sont pas joyeux. Ils ne font jamais ho ho ho. Et ils ne se souviennent pas de moi quand je leur dis papa.

Merci à toi Saint Augustin. Merci pour tout ce que tu fais.

J’ai un pouvoir magique. C’est magique ; C’est du pouvoir. C’est puissant. C’est naturel. Et c’est surnaturel. Ça chevauche le naturel. Et ça part au galop. Ce pouvoir que j’ai, il ne sert à rien. Et c’est ça qui est beau. Ou pas. On ne va pas le décrire. On ne va pas en faire un film. On ne va pas me trouver un déguisement. On ne va pas me mettre en pyjama ou en collant. On ne va pas me trouver une origine. On ne va pas dire ce que c’est. On va le taire. On ne va pas le pointer. Tous ensemble en cercle. Dire. On va assister cependant au pouvoir. Mais pour ça, il faut mettre une pièce de monnaie. Je ne déconne pas. Je sais que vous avez déjà payé vos places, mais pour moi, ce n’est pas suffisant. Moi mes bénéfices, ils commencent ici. Dans ce chapeau. Je suis une icône. Et il faut mettre une pièce. Un centime. Deux centimes. Cinq centimes. Il y en qui comptent large et qui se sentent princiers. Et je m’illumine, dés qu’on met une pièce. Je prends des couleurs et je m’illumine. Mettez la directement dans la poche. Je m’illumine comme un sapin de noël. Mais de l’intérieur. C’est ça mon pouvoir. Je m’embrase de l’intérieur. Je m’immole sans que ça se voit. Juste par les yeux on peut voir. Par les rétines. Approchez vous. De mes pleins pouvoirs magiques. De la flambée interne. De mon ruisseau de feu. De ma cascade de braise. Je suis made in Greece. Et moi j’ai un copyright. Ma mythologie, elle est copyright. Eh les Suédois. Pomme C Pomme V. Vous savez lire ? Par ici la monnaie, maintenant . Made in Greece. Démocratie. Philosophy. Super Power. Gimme all your money motherfucker.

Tous – Bravo. Bravo. Bravo.
Demis Katalavenis – C’était trop bien, Stavros fois Huit.
Alexia Pavlakis – Je trouve qu’il s’est un peu calmé.
Dimitri Tsoulakis – Oui c’est son délire mystique. Ca lui fait pas du bien.
Demis Katalavenis – On va boire un verre ?
Alexia Pavlakis – Non on va rentrer.
Demis Katalavenis – Il y a pas un pot après ?
Dimitri Tsoulakis – Non. Je croyais mais non.
Alexia Pavlakis – On rentre.
Demis Katalavenis – J’étais persuadé qu’il y a aurait un pot.
Alexia Pavlakis – J’étais persuadé qu’il n’y en aurait pas.
Dimitri Tsoulakis – Tu rentres ?
Alexia Pavlakis – Oui je vais rentrer. Ma mamy qui ne se sent pas bien, encore.
Demis Katalavenis – Bon courage.