Rémi De Vos

Rémi De Vos

 

Phénomène rare dans la dramaturgie française actuelle, le théâtre de Rémi de Vos, en prise avec la réalité sociale et politique, la passe au crible de l’humour, du comique, de l’absurde. Le comique est très lié à son écriture, «Le comique est un moyen de se débarrasser de quelque chose qui n’est pas drôle».
Son écriture incisive, percutante, va droit au but, se saisit des sujets sensibles, tabous, s’attaque aux clichés, aux idées convenues, au politiquement correct. Elle parle de la mort, du couple, de la difficulté de la communication, du pouvoir. La violence de son écriture est très liée à un humour qui cherche à mettre à distance la dureté des rapports humains, avec un rapport étroit entre le malheur et le drôle, entre la tragédie et la comédie.

Fabulamundi involved Rémi De Vos in activities in Rome and Bucharest.

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Rémi De Vos est né en 1963 à Dunkerque. Il monte à Paris et prend des cours de théâtre tout en vivant de petits boulots : ambulancier, gardien de nuit, ouvrier dans la métallurgie, déménageur… Malgré ces périodes fastes, il lui arrivait de ne rien faire du tout. S’est mis alors à écrire. Il écrit sa première pièce à 30 ans, Débrayage, qu’il met lui-même en scène au CDDB, théâtre de Lorient en mars 96. Il est l’auteur d’une quinzaine de pièces éditées chez Actes Sud – Papiers et régulièrement jouées en France comme à l’étranger. Ses pièces sont traduites en anglais, allemand, espagnol, catalan, italien, portugais, finnois, grec, bulgare, turc, roumain, polonais, russe, ukrainien, japonais.
Il est également enseignant à l’Ensatt, à Lyon.

Théâtrographie
1994 / Débrayage; première création en 1996, CDDB -CDN, théâtre de Lorient
1996 / Pleine lune.
1997 / André le magnifique; Molière du meilleur auteur, du meilleur spectacle de création, de la meilleure pièce comique, de la révélation masculine et féminine, 1998.
1998 / Projection Privée et Conviction intime.
2000 / Projection privée et Conviction intime; première création : CDN – Nord-Pas-de-Calais
2001 / La Camoufle; première création 2001
2002 / Jusqu’à ce que la mort nous sépare.
2003 / Laisse-moi te dire une chose.
2004 / Occident et Ma petite jeune fille.
2005 / Ma petite jeune fille, création 2005
2005 / Laisse-moi te dire une chose, première création 2005
2005 / Alpenstock.
2006 / Occident; première création 2006
2006 / Jusqu’à ce que la mort nous sépare; première création 2006; Prix Diane et Lucien Barrière
2008 / Beyrouth Hotel, Intendance – saison 1; première création en 2008, Studio des Champs-Elysées
2007 / Le Ravissement d’Adèle; première création : 2008, Bussang
2008 / Alpenstock; première création en 2009, théâtre de Vanves
2009 / Sextett.
2009 / Intérimaire.
2009 / Débrayage (4 extraits et un inédit); première création au CDN de Montluçon
2009 / En difficulté.
2010 / Cassé; première création 2012, au TGP – CDN de Saint Denis
2010 / Botala Mindele.
2012 / Trois ruptures.
2012 / Le licenciement.

Trois Ruptures
Le texte aborde trois situations qui ébranlent certains fondamentaux de nos sociétés, comme la domination masculine, la place de la femme, la question de l’homosexualité et l’avènement de la toute-puissance de l’enfant. Un des enjeux du texte est de savoir finalement qui va quitter l’autre. Mettre en scène Trois Ruptures, c’est chercher à découvrir ce qui les attache. Un homme, une femme, un couple, trois histoires drôles et tragiques qui s’organisent suivant les principes de la rupture : rupture de la relation homme/femme, rupture de la relation parents/enfants, rupture de l’organisation sociale.

– Extraits de Trois Ruptures

Première séquence: une femme quitte son compagnon après lui avoir préparé un festin. La cause: elle ne supporte plus sa chienne. En guise de vengeance, l’homme l’oblige à manger la pâtée de l’animal.

L’homme – A cet instant précis je ressens une satisfaction totale
La femme – Grâce au repas ?
L’homme – Au repas que tu m’as préparé oui
La femme – Tant mieux
L’homme – Quel festin
La femme – Je te quitte
Il la regarde.
L’homme – Ou vas-tu ?
La femme – Non je te quitte vraiment
L’homme – Pardon ?
La femme – Je te quitte pour de bon
Temps.
L’homme – Blague ?
La femme – Non
L’homme – Pas blague ?
La femme – Non
Il la regarde.
L’homme – Comprends pas
La femme – C’est simple à comprendre
L’homme – Tu me quittes ?
La femme – C’est ça
Il la regarde.
L’homme – Blague ?
La femme – Toujours pas
L’homme – Pas blague ?
La femme – Non
L’homme – Tu veux me quitter ?
La femme – C’est fait je te quitte
L’homme – Maintenant ?
La femme – Oui
L’homme – Au dessert ?
La femme – Tu prendras le café tout seul
Il la regarde.
(Extrait de « Sa Chienne » dans Trois ruptures)

Deuxième séquence : un homme avoue à sa femme la liaison qu’il entretient avec un pompier rencontré à la salle de sport. La femme veut le quitter, l’homme la ligote et l’oblige à téléphoner au pompier.

La femme – C’est ton premier pompier ?
L’homme – Ce n’est pas important qu’il soit pompier
Elle le regarde.
La femme – Mais que s’est-il passé ?
L’homme – Je ne sais pas
La femme – Il t’a dragué sous la douche ?
L’homme – Il ne m’a pas dragué
La femme – Non ?
L’homme – C’est moi qui l’ai dragué
Temps.
La femme – Tu es en train de me dire que tu es devenu pédé d’un coup ?
L’homme – Je ne sais pas ce que ce mot veut dire
La femme – Pédé ça veut dire un homme qui désire des hommes
L’homme – Je n’ai pas de désir pour les hommes
La femme – Tu me rassures pendant un moment j’ai cru que tu étais devenu pédé
L’homme – Je le désire lui
Elle le regarde.
La femme – Ça ça veut dire que tu es un peu pédé quand même
L’homme – Si tu veux
La femme – Ah ben quand même
L’homme – Je ne me pose pas la question
La femme – Je t’assure que ça à voir
L’homme – Pour lui aussi c’est la première fois
Temps.
La femme – Génial
(Extrait de « Pompier » dans Trois ruptures)

Troisième séquence : un couple au bord de la crise de nerfs finit, après avoir envisagé d’abandonner leur enfant tyrannique, par se séparer.

L’homme – Eh ho
La femme – Quoi ?
L’homme – Ça va oui ?
La femme – Quoi ?
L’homme – C’est quoi ça ?
La femme – Qu’est-ce que t’as ?
L’homme – Ça va bien là
La femme – Quoi ?
L’homme – Je peux quand même te regarder ?
La femme – Bon allez ho
L’homme – Quoi bon allez ho ?
La femme – Ça va je te dis
L’homme – Quoi quoi quoi ?
La femme – Ça va maintenant
L’homme – Non mais dis donc ?
La femme – Quoi ? Qu’est-ce que ? Qu’est-ce qui ?
L’homme – Dis donc
La femme – Plus bas
L’homme – Quoi plus bas ?
La femme – Parle plus bas
L’homme – Je peux pas te regarder ?
La femme – Si regarde-moi
L’homme – Non mais dis
La femme – Quoi ?
L’homme – Je peux te regarder
La femme – Oui tu peux
L’homme – Il est pas là
La femme – Oui d’accord
L’homme – Alors ?
La femme – Je disais ça pour toi
L’homme – Quoi pour moi ?
La femme – Plus bas
L’homme – Quoi plus bas ?
La femme – Parle plus bas
L’homme – Dis donc
La femme – Juste plus bas
L’homme – Mais dis donc
La femme – La même chose mais plus bas
L’homme – Ça va oui ?
La femme – Oui ça va mais parle plus bas.
(Extrait de « Un enfant » dans Trois ruptures)

 

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